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Virgile

Soyez un dragon !

Il existe au fond des mers une porte qui transforme les poissons en dragons. Mais cette porte est invisible, Les poissons qui la passent n'ont pas l'apparence de dragons, ils ne savent meme pas qu'ils sont des dragons. Simplement, ils sont des dragons.
March 28

Démenagement

http://soyez-un-dragon.blogspot.com/

Ca y est, le Dragon s'envole pour des cieux plus cléments (non pas pascal clément), plus esthétiques, plus éthiques, moins microsoft en somme.

http://soyez-un-dragon.blogspot.com/

Venez nombreux !

Et mettez le en favori ! (ctrl+D)

Au bord de l'explosion

Choquant ! Et tellement prévisible.

L'émeute de la gare du Nord qui a eu lieu hier soir est un choc. Elle montre à quel point les rapports entre la population, les jeunes, et particulièrement les jeunes de banlieues, et police sont tendus. Elle montre aussi et surtout à quel point la violence est latente et chronique, toujours sous-jacente et prête à s'exprimer à la moindre étincelle. Le dérapage comme menace permanente.

Il y a quelques jours, ce sont des parents d'élèves, ainsi qu'une directrice d'école, qui se sont rebellés contre l'arrestation du grand-père chinois et sans-papier d'un élève. En supposant que ce soit réellement ce qu'il s'est passé, le fait qu'une directrice d'école parisienne (meme pas arabe ni de banlieue) en vienne à commettre des dégradations sur un véhicule de police n'est pas anodin. Le climat général est lourd.

Hier après-midi, tout a commencé suite au contrôle RATP d'un fraudeur, déjà connu des services de police (d'après Baroin, mais on va attendre confirmation, on a appris à se méfier avec Sarko, et de toute façon ça n'a pas vraiment d'importance). Face à la réaction violente du fraudeur, les forces de police (force de l'ordre ne semble pas être l'expression appropriée) sont intervenues pour le menotter et l'entrainer dans leurs locaux. Selon la plupart des témoignages, l'usage apparemment disproportionné de la violence par la police a amené un certain nombre de passants (des jeunes mais pas seulement) à protester. A partir de là, le schéma est classique, tension, violence verbale, charge, bordel.

Ce qui est le plus surprenant, c'est la rapidité et la longueur des incidents. En une heure, la situation avait dégénéré, avec une centaine de jeunes faisant face aux forces de police. Et cela a duré pendant sept heures. Le lieu, la gare du Nord, n'y est pas pour rien. Lieu ouvert, lieu de passage, propice au regroupement et à l'aggrégation, et au jeu du chat et de la souris. Mais contrairement aux emeutes de l'automne 2005, ou aux violences du CPE, rien n'était prévu ni anticipé ou organisé. Et pourtant ça a duré sept heures.

Cela montre bien à quel point la violence est présente et la tension permanente. La violence de certains jeunes et casseurs fait peur. Et non elle n'émane pas uniquement de délinquants "déja connus des services" et "multirécidivistes". C'est la violence pour la violence, surement. Mais ce qui est rassurant, c'est qu'elle s'exerce contre l'Etat, et surtout contre la police. En ce sens il s'agit d'une violence "politique", et non gratuite ou "crapuleuse", et cela parait quand même moins pire. A mon avis. Le Guardian (Angleterre) cite le (mauvais) professeur Paul Bacot (que j'ai eu l'ennui d'avoir en cours) : "De tels incidents reflètent un réel problème avec la police en France. Cela rejoint à la fois les émeutes plus graves de l'automne 2005 et les protestations contre la présence de policiers dans une école primaire l'année dernière." En fait, le problème de la police aujourd'hui, c'est qu'elle représente Sarko. Elle incarne, elle est Sarko dans la rue. Car c'est toujours lui qui est visé derrière.

Les réactions sont révélatrices. La CGT de la RATP critique aujourd'hui la hausse des bouclages et controles de police dans le métro et le RER et rappelle que la fraude aux transports n'est pas un délit mais une simple infraction. Si le syndicat de police Alliance dénonce naturellement la racaille, l'UNSA Police demande le retour de la police de proximité et s'inquiète de la fracture croissante entre les jeunes et la police, tout comme le Syndicat général de la Police, qui craint (à raison) une "hystérisation" des rapports entre la police et les jeunes.

Au moment où Sarko quitte l'Intérieur en se félicitant de son superbe bilan, il faut remarquer quelque chose. La violence émeutière et des casseurs s'est développée avec lui depuis cinq ans. Et Sarko joue sur et avec cette violence, tout comme Mitterrand a joué la carte Le Pen il y a vingt ans pour son propre intérêt politique. Il n'a eu cesse de jouer sur les clivages entre la population et la radicalisation des parties. Il est donc tout sauf innocent dans cette dégradation du climat. (Au passage, tiens, Sarko s'est fait huer au lendemain de cette soirée agitée lorsqu'il est passé gare du Nord pour prendre le train.) (Autre didascalie, trop occupés à charger les jeunes, les CRS et la police n'ont pas pensé un tant soit peu à protéger les voyageurs qui passaient et se retrouvaient au milieu des affrontements. Du travail de pro.)

Pendant ce temps, François Baroin, successeur de Sarko à l'Intérieur, affirme qu'il y aura des suites judiciaires. Il se fond dans le moule de son prédécesseur et s'assoit lui aussi sur l'indépendance de la Justice, seule à même de décider des éventuelles peines auxquelles pourraient être condamnés les treize interpellés. Il en profite d'ailleurs pour affirmer que les expulsions de familles dont les enfants sont scolarisés pourront avoir lieu pendant l'année scolaire.

On se dirige donc vers une radicalisation totale. Sarko, suivi par tous ses moutons (même Borloo, bien qu'il mette en garde contre l'amalgame entre violences et banlieues) a définitivement choisi son camp, et c'est celui de la droite dure et de Le Pen. Il fait le choix de la radicalisation totale, pensant que sa moitié de la France est numériquement, ou plutôt éléctoralement, majoritaire. On attendra d'ailleurs la suite pour savoir si ces événements auront un effet sur le vote Le Pen. Avec Sarko, ce sera la guérison par le feu.

De son côté, Bayrou veut réunir et faire travailler ensemble la gauche et la droite. Mais il est condamné à l'échec. L'antagonisme est désormais trop important. Non pas au niveau des politiques, mais des citoyens. Bayrou donne l'illusion d'une réconciliation nationale à peu de frais. Mais l'éléction est devenue une guerre totale, symboliquement parlant. Seule une moitié des citoyens sera satisfaite, pas deux. Ce sera l'une ou l'autre. Tout ou rien.

On peut noter deux bonnes nouvelles néanmoins. Tout d'abord, on peut espérer (sans se faire d'illusions) que cela va remettre à l'agenda politique la question des émeutes de 2005, de la jeunesse, des banlieues, de la ségrégation géographique, économique, sociale, ethnique de ce pays. Ensuite, le nombre d'inscrits sur les listes éléctorales a augmenté de plus de 4% par rapport à 2006, soit 1,8 millions d'inscrits supplémentaires, et de 7% par rapport à 2002, soit trois millions de nouveaux votants. Parmi les plus fortes hausses, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine, le Rhône. C'est de bonne augure.

Plutôt que demander à tous les Français d'avoir un drapeau tricolore chez eux et de parler d'identité nationale, Ségolène devrait s'inquiéter de l'unité de la France et des Français. Car il semble y avoir désormais deux France, qui ont de plus en plus de mal à se supporter mutuellement. Et s'il devait y avoir un thème de campagne, ce devrait être celui-là. C'est aujoud'hui l'urgence.

Ne pas réveiller le Dragon qui sommeille.


March 26

L'odeur de la poudre

Je sais pas vous mais...

Ca sent la poudre.

Il y a quelque chose dans l'air. De l'éléctricité statique, silencieuse, invisible, mais prête à se mouvoir. De la tension, un bourdonnement de fond. De l'eau chaude prête à bouillir. De la vapeur, prête à se condenser sur n'importe quelle vitre et la faire voler en éclats.

La modeste manif de protestation suite à la mise en garde à vue d'une directrice d'école s'opposant à l'arrestation du grand-père sans papiers d'un élève, devant le rectorat, donnait une nouvelle occasion de sentir le souffre. Rien de violent, tout était calme. Quelques policiers, des cars de CRS cachés deux rues plus loin. Mais la même ambiance. Celle du CPE il y a un an. Celle des "émeutes urbaines", il y a deux ans. Comme si la moindre étincelle pouvait tout enflammer. Et toujours, au centre du rejet, du resentiment, de la colère, Sarko. Sarko. Sarko.

Il y a cinq ans, on a connu les manifs anti-Le Pen, la révolte. Mais l'enjeu n'etait que symbolique. Protester et montrer que la France etait massivement contre cet homme. Personne n'a pu ne serait-ce qu'imaginer qu'il pourrait eventuellement devenir président. Avec Sarko, c'est différent. Il peut devenir président. Et il est fort possible qu'il le devienne. Et là, ce n'est plus du symbolique, mais du réel. Et les deux France, que Sarko a si bien réussi à opposer l'une à l'autre pendant cinq ans, semblent au bord de la rupture. Pas une analyse sociologique, un simple sentiment, une sensation.

Ne reste plus qu'à attendre et savoir laquelle de ces deux France sera, éléctoralement, la plus nombreuse. Ca sera serré et anxiogène. Ne pas faire les cons, à gauche.

Et s'il devient président le 6 mais au soir, il faudra que ca sorte. Et ca va péter. Brièvement, avant que tout rentre dans l'ordre. Mais violemment. Emeutes à Paris. Pressentiment. Conviction personnelle.

Les dragons vont cracher du feu.


Un peu de Grâce... (un avant-goût)

http://jarringeffects.net/video-ez3kiel_naphtaline


March 24

Incommensurabilité

Un article de Libé sur le vote présidentiel des nonistes et l'effacement du camp du non...affligeant :

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/243129.FR.php


"L'hypothèse du vote utile ne suffit pas à expliquer l'effacement du camp du non." D'accord.

"Mais il est une autre hypothèse, plus simple encore : l'Europe n'intéresse plus personne." «Le débat sur l'Europe anime les élites, estime Jérôme Sainte-Marie, de BVA, mais il joue peu dans l'opinion."
Ah bon. Donc on en a rien a foutre de l'Europe. Les candidats ne disent presque rien sur l'Europe, les médias trouvent le sujet trop compliqué pour l'aborder en profondeur, et c'est de notre faute, nous, "les gens". Plus simplement, l'incapacité de ces élites à comprendre les fondements d'une majorité du vote non les empêche d'en parler.

Stéphane Rozès (CSA) pousse l'analyse plus loin encore : «Le référendum de 2005 n'était pas un vote politique, mais un vote social.» «Les gens ont voté le 29 mai par rapport à leur situation sociale, poursuit-il. Ceux qui ont voté oui sont ceux qui se voyaient un avenir, et du coup ressentaient une fierté pour la France et pour l'Europe. Et ceux qui ont voté non ne l'ont pas fait contre l'Europe mais en fonction de leurs inquiétudes. L'enjeu de la présidentielle est tout autre : la présidentielle incarne l'intérêt général . Après un référendum social, on revient au politique. Mais les lignes de clivage ont changé.»

T'as voté non ? C'est que t'es perdu dans ce monde, que t'as pas d'avenir et que tu comprends rien. Ou alors que tu n'as ni le pouvoir ni l'argent... Ce serait donc un vote social et anti-politique. C'est désespérant. Le non européiste n'était-il pas justement un vote pour une Europe politique, pour donner une direction politique plutôt qu'une direction concurrencielle à l'Europe ? N'était-il pas un vote anti-économiciste ? N'était-il pas un vote sur des valeurs, un projet ? Le politique dans toute sa grandeur était bien plus présent au référendum qu'il ne l'est dans le débat présidentiel.

Mais «la principale anomalie, c'est Bayrou», estime Emmanuel Rivière : «Il a incarné pendant la campagne référendaire l'Européen convaincu. Cela n'empêche pas nombre de gens qui ont choisi le non en mai 2005 de vouloir voter pour lui. Et cela n'a rien à voir avec ses positions contre l'adhésion de la Turquie.»
Seule explication plausible : le vote protestataire. Voter non à l'Europe et oui à Bayrou, c'est toujours refuser de suivre l'UMP et le PS.

On en revient encore au vote protestataire. Voter non, voter Bayrou, ca ne peut avoir un sens positif, ca ne peut que se résumer à un rejet du pouvoir. Quelle conception de la démocratie et de la conscience politique du peuple qu'ils passent leur temps à analyser. Tu votes oui, PS, UMP, tu es normal, intelligent, avec un avenir, bref ouvert au monde qui t'entoure. Tu vote autrement (UDF compris, la bonne blague), tu es...un con (archaïque qui plus est).

"L'anomalie Bayrou". C'est là à la fois la cohérence tant niée du non de gauche, et le révélateur de l'incapacité intellectuelle des élites à le comprendre. On peut voter en étant européiste et européen convaincu. On peut avoir d'autres références en la matière que l'Acte unique et le marché commun. Bayrou est le seul à présenter et penser véritablement l'Europe comme un projet d'avenir, et non comme une béquille, un bouc-émissaire ou une opportunité. Voter non et vouloir plus d'Europe, et surtout mieux d'Europe est possible, plus humaniste, démocratique, politique. D'où la compatibilité entre les deux.

Il y avait quatres grands votes pour le non, ou plutôt quatre motivations entrecroisées de diverses manières :

Le nationalisme souverainisme, de droite et d'extrême-droite.
Le vote protestataire, contre Chirac, Raffarin, le système, les élites, les médias.
Le vote social, contre les délocalisations et la précarité.
Le vote politique de gauche, pour l'Europe, mais pas celle qu'on voulait nous faire démocratiquement légitimer, sous prétexte de quelques faibles modifications institutionnelles.

Ce dernier est ontologiquement inexpliquable pour nos experts. Il ne peut exister, ou n'est qu'un mythe, une façade derrière laquelle se cachent l'archaïsme, la xenophobie, l'antisémitisme (oui : critique de la concurrence = haine de l'argent et des riches = haine des juifs, CQFD). Pourtant, la frontière entre le non et le oui de gauche est mince, très mince et poreuse. La balance, le tipping-point, fut pour beaucoup difficile à trouver, le choix se jouant à pas grand chose. Oui aux avancées institutionnelles, oui à la dynamique d'intégration politique, oui au projet commun de 400 millions d'Européens. Non à ce qu'on nous impose, non à la commission idéologue, non au commissaire à la concurrence. Voter oui, comme voter non, était aussi un acte difficile, une hiérarchisation des priorités en quelque sorte.

Toujours est-il que, deux ans plus tard, personne ne semble s'être véritablement penché sur la question, sur les ressorts, les attentes, les objectifs, pro-européens, de ce vote. Ou alors dans la caricature, forcément, libérale et Libérationelle. Et il y a peu d'espoir que la suite post-éléctorale soit plus positive. Mais bon.

Patience est mère d'Espoir. Espoir est père d'Avenir.







March 22

Appel international

Proposition à toutes les associations et tous les énervés, appeurés, anxieux, coléreux, épiléptiques de l'anti-France anti-Sarkozy :

Un énorme défilé anti-Sarkozy doit être organisé, avec des chars, de la techno, de la bière, et du soleil !

Deux dates se présentent pour cela :

- Le samedi 5 mai, pour montrer le rejet profond de Sarkozy par la France d'en bas et du milieu. Je sais, "ça fait le jeu de Le Pen", et donc le jeu de Sarkozy... Mais à défaut, il s'agit de célébrer une dernière fois notre liberté, avant le couvre-feu / état d'urgence du 6 mai au soir, décrété par le President de la République Française Nicoli Sarkoza, lorsque les émeutes feront trembler la France de droite...

- Le lundi 7 mai, pour fêter l'enterrement (disons politique) du nain agité extrêmiste populiste chiraquien lepeniste. Cette date deviendra d'ailleurs jour férié, en hommage à la grande France ayant fait face au petit Sarkozo.


Imperatif SDI (SarkPen Dub Inc)

http://www.dailymotion.com/video/x1hhvz_polemix

La puissance de la SarkPenie ! Version Drum'n'bass core cette fois !

Polemix in da house...
March 21

Niarf

http://www.programme-bayrou.org/

A voir, en ouvrant l'oeil !

Thésard, une vie de loser


Par Clarisse Buono, docteur en sociologie et chercheuse à l'EHESS-CNRS. Auteure de Félicitations du jury, Ed. Privé, collection les Clandestins, 2007.
Paru dans Libération, mardi 20 mars 2007.


Qui a conscience de la façon dont se traduit la paupérisation des jeunes surdiplômés aujourd'hui ? S'il est entendu que se lancer dans une carrière de chercheur n'a jamais été une sinécure, le quotidien de nombreux jeunes chercheurs de nos jours tient du sacerdoce. Car voici la vie d'un jeune chercheur en sciences humaines ou sociales aujourd'hui. Prenons un idéal type : celui d'un jeune provincial tout juste diplômé en DEA. Voulant poursuivre en thèse de doctorat, il postule dans une des universités parisiennes selon le calcul évident qu'une fois docteur, il aura plus de chances d'accéder à un poste au vu du nombre de facultés en place dans la capitale (il sait déjà que les chances sont infimes d'être recruté dans une université où l'on est inconnu). Il doit s'installer et, selon ses moyens, devra opter pour un studio (entre 500 et 800 euros de loyer mensuel) ou une colocation (s'il s'en sort bien, environ la moitié).

Une fois le «jeune» thésard (si son parcours est rectiligne, il affiche déjà un bon 24 ans) inscrit en thèse, sa tâche est claire : il a quatre ans pour obtenir son doctorat et faire en sorte de posséder un CV irréprochable en fin de thèse. Il doit, durant ce laps de temps, assister aux séminaires, colloques et autres congrès concernant son sujet, égrener la littérature s'y rapportant, réaliser un terrain si sa spécialité s'y prête (on n'attend pas moins de la part d'un jeune sociologue qu'il ait réalisé une centaine d'entretiens retranscrits pour valider ses écrits), analyser et écrire entre 300 et 500 pages dans le but de produire une pensée. L'allocation de recherche pouvant aider à ce parcours n'est allouée qu'à environ 10 % des thésards. Il faut donc pour notre Homo sociologicus trouver un moyen de gagner sa vie en même temps qu'il travaille sa thèse.

Jusque-là rien de catastrophique : qui n'a jamais travaillé pour financer ses études ? Une fois calé au milieu de ses séminaires et de ses activités hautement intellectuelles, le mi-temps au McDo ou les heures de cours privés que se procure le thésard lui permettent tout juste de régler son loyer, sa nourriture, ses charges fixes. Son emploi du temps déjà bien rempli, reste le fameux CV. Celui-ci, adjoint obligatoirement à la thèse avec mention, est le sésame à l'accès aux concours des postes de maître de conférence ou de chercheur statutaire.

Quatre cases, au minimum, doivent être remplies : thèse, enseignement, recherche, publication d'articles. Notre thésard obtient pour son plus grand bonheur des charges de cours à l'université. Puisque détenteur d'un mi-temps signé chez un employeur principal (ici, McDonald's), on lui donne le droit d'enseigner pour un an. Il commence en octobre, sera payé entre 1 200 et 1 400 euros (pour environ 76 heures) au mois... de septembre de l'année suivante. Qu'à cela ne tienne, il obtient un contrat de recherche dans la foulée où lui est offert l'équivalent du Smic pour un mi-temps de six mois. Il réalise en réalité un quart de temps sur un an l'obligeant à abandonner momentanément l'élaboration de sa thèse et son travail au fast-food (le thésard sait qu'il fait le bon choix) et ­ les fonds publics n'étant pas débloqués avant sept mois ­ devra avancer les frais durant cette période. Peu importe, lui explique-t-on, il n'a qu'à s'inscrire au chômage ; il percevra les Assédic dues pour son travail de serveur.

A cette heure, notre jeune thésard travaille à une tout autre recherche que la sienne en donnant des cours qu'il a dû produire tout en continuant à participer à des colloques pour ne pas perdre le fil de sa recherche personnelle en même temps qu'il avance les frais relatifs à sa survie. Ses revenus s'élèvent à environ 700 euros (pour les plus chanceux, la famille joue les mécènes), il en dépense les trois quarts pour survivre et le quart pour la recherche et l'enseignement. Mais l'investissement ne s'arrête pas là : pour être fin prêt au moment de son obtention de doctorat, le thésard doit participer à un nombre certain de colloques, qu'il finance de sa poche, n'étant pas rattaché statutairement à un laboratoire.

Sa participation à la recherche achevée, notre futur docteur doit se rendre à l'évidence : son nom (inconnu) n'apparaîtra pas dans la publication qui, de fait, ne pourra être exploitée dans son CV, et le contrat promis sera transformé en remboursements de notes de frais, s'il les a gardées dans le meilleur des cas. Ses Assédic sont épuisées, son CV est toujours vierge et sa thèse n'a pas avancé d'un pouce. Il reprend donc son petit boulot, se remet à travailler sa thèse jusqu'à la prochaine opportunité d'étoffer son curriculum.

Quatre ans plus tard, si toutefois il a résisté à ce rythme, le thésard (déjà âgé de 28 ans, pour les plus jeunes) devient docteur et se retrouve à postuler au milieu de 300 autres pour obtenir LE poste offert au CNRS. Bien sûr, il ne l'a pas, car lui sont reprochés son manque de linéarité dans ses recherches ou encore d'avoir mis cinq ans au lieu de quatre pour achever sa thèse.

Après une dizaine d'années de parcours de combattant universitaire, notre tout jeune docteur n'a plus qu'une solution : partir à l'étranger ou se reconvertir.



Faut être con pour être thésard, ou bien vraiment avoir la tête ailleurs....
Bonne nuit les dragons...
March 17

En bref et contre tout (ou la page 2 du Dragon) n°3

Petite revue de presse tunée :

- Eric Besson se lâche dans un livre contre Ségolène. Un mélange de blessure d'amour propre, d'opportunisme économico-livresque, et d'un pari sur Bayrou président. Mesquin.
- Claude Allègre clame haut et fort, à cinq semaines du premier tour, et alors que Bayrou a réalisé sa percée. Il est toujours là pour foutre la merde. Et à chaque fois, tout le monde s'en fout. Mesquin, vraiment. Au fait, vous savez qui est Allègre ?
- Chirac nous aime. Nous aussi on t'aime ! Quand t'es pas président.
- Simone Veil soutient Sarko. Ca fait mal.
- Sarko veut créer un ministère de "la protection de l'identité nationale face à la menace de l'immigration". A quand un ministère de "la protection de l'identité nationale et de l'émigration de Nicolas Sarkozy" ? Création le 7 mai 2007.
- Sarko menace Libé, affirmant qu'il serait dur pour le quotidien de trouver des financements à l'avenir, suite à la Une du journal au sujet de son appartement de Neuilly, et personne n'en parle, surtout pas Libé. On a beau se déclarer un journal de gauche et anti-Sarko, on est pas fou, faut assurer l'avenir.
- Nicolas Hulot faisait 10% dans les sondages, Dominique Voynet fait 1%. On nous disait que l'écologie était désormais au centre des préoccupations des Français et donc des politiques. Comme les SDF. Merci Hulot, t'as vraiment fait faire un grand pas en avant à l'écologie.
- Sarko souhaite que Besancenot ait ses signatures pour se présenter. Lui aussi c'est un ancien trotskiste ? Il appelle donc les maires à donner leurs signatures, et Le Pen sert de caution de droite à Besancenot.
- Chirac se retire définitivement de la vie politique. Le Roi est mort, vive le Roi ! Bonjour Nicolas ChirKoPen.
- Arlette Chabot, plus forte que Claire Chazal. Comprenne qui pourra.
- Une magistrate soutenant Ségolène convoquée par la chancellerie après avoir critiqué la vision de l'indépendance de la Justice de Sarko. Les médias, la Justice, la Police. La liste s'allonge. Et cet homme peut devenir président. 1984, quand tu nous tiens. A côté, l'Etat RPR, c'est de la gnognote. On va souffrir. Faut vraiment pas faire les cons le 6 mai. Help !


Prospection superflue, voire inutile

Où en est-on dans cette campagne de merde, à cinq semaines du moment d'angoisse ? Le très mauvais moment qui s'empirera au fur et à mesure qu'approchera les huit coups de minuit politique, celui qui nous rappellera le choc d'il y a cinq ans.

- Nicolas Sarkozy dérape, ou plutôt se "recentre", et reviens à la maison, au "centre droit", celui que Le Pen estime incarner. Malgré quelques protestations symboliques, Simone Veil se tait, mue par sa haine intense et toute affective pour Bayrou. Le plus triste, c'est que Sarko n'y perdra pas d'élécteurs, ou à peine. Sa stratégie, non seulement préparer les élécteurs FN à voter pour lui au deuxième tour, mais aussi amener une partie des villiéristes-lepenistes à voter pour lui dès le premier tour, vote utile de droite dure. Ayant perdu, au moins temporairement, des élécteurs à sa gauche, il veut assurer sa place au second tour sur sa droite. Peu d'élécteurs déserteront pour ces propos, les uns l'ont déjà fait, les autres connaissent suffisemment le petit pour ne pas s'en offusquer outre mesure.

- Bayrou semble avoir atteint son quota sondagier, et pourra difficilement aller plus haut. Sa fortune semble désormais liée à et dépendante de celle de Ségolène. Et du réflexe de l'isoloir, pour tous ceux qui à gauche se souviennent n'avoir pas voté Jospin. Il semble qu'il ne s'effondrera pas.

- Ségolène stagne. Elle a récupéré, après le trou d'air médiatique, et retrouvé l'équilibre. Elle ne montera pas plus haut non plus. La campagne officielle pourrait lui faire perdre quelques voix au profit de l'extrême-gauche (au sens large), grâce au temps de parole égalitaire. Mais le vote utile compensera.

En somme, pour Bayrou comme pour Ségolène, en vases communicants, ça passe ou ça casse. Soit elle passe derrière Bayrou dans les sondages, et la question du vote utile en faveur de Bayrou, capable de passer au second tour, et de battre Sarkozy se posera. Si le seuil est dépassé, cela risque d'être joué en faveur du berger. Soit Ségo reste stable, et c'est Bayrou qui régresse, et tout le monde finit par rentrer au bercail socialisant.

Deux autres possibilités : Sarko passe largement, Bayrou et Ségo sont à 20%, Le Pen, encore et toujours sous-éstimé, fait 20,5%, et c'est la mort. Je milite pour l'abstention, avec comme objectif les 50%, qui annule, sinon constitutionnellement, du moins politiquement, la légitimation démocratique.
Ou bien Sarko continue à se droitiser (chassez le naturel par la porte, il revient par la fenêtre, la cave, la cheminée, la chattière...), va trop loin, et ça devient le coudes à coudes pour tous, et il se fait Jospiniser. Quel bonheur se serait !

Nous voilà donc aux deuxièmes tours.
- Sarko-Le Pen : Sarko gagne, mais avec 51% d'abstention. Ségolène appelle à voter Sarkozy, malgré une larme à l'oeil et une lame au coeur. C'est le bordel en France. Pour de vrai.
- Sarko-Bayrou : les élécteurs de Le Pen se partagent en deux, ceux qui aiment Sarkpen pour ses idées, ceux qui veulent foutre la merde. Les élécteurs PS votent pour Bayrou, par adhésion, curiosité et/ou anti-sarkozysme. Les gauchistes se partagent entre ni-ni et anti-Sarko. Bayrou est président. Tout est à refaire aux législatives pour ne plus avoir l'UMP au pouvoir.
- Bayrou-Ségolène : Bayrou gagne. Le centre, la droite, les déçus de l'alternance, ça fait beaucoup de monde.
- Ségolène-Le Pen : Ségolène gagne, mais avec un score plus proche des 55-60% que des 82%. Sarko appelle-t-il à voter Ségolène ?
- Sarko-Ségo : Tout le monde dit que Sarko gagnerait. Suis-je le seul, avec Guy Birenbaum me semble-t-il, à dire que Sarko ne peut pas réunir 51% des élécteurs ? Les élécteurs UMP, UDF, et pour moitié FN votent pour lui. Le PS, la gauche de gouvernement, l'extrême-gauche dans sa grande majorité, et une moitié des élécteurs de Bayrou, votent Ségolène. Ségo gagne. D'un cheveux, peut-être, mais elle gagne. Au revoir Sarko. De toute façon, il fera comme Chirac, il insistera, jusqu'à qu'il soit président, que ce soit dans 5, 10 ou 15 ans, il finira par l'être. Hélas.

La seule question qui vaille : Bayrou peut-il être un vote utile pour éviter Sarko ? Des scores équivalents à ceux de Ségo au premier tour, une large victoire sur Sarko au deuxième, alors que Ségo se fait battre, dans les sondages bien sûr, font de cette question la seule analyse stratégique pertinente et présente aujourd'hui. Ca pourrait être un jeu dangereux. Et puis, même si ça marchait, il faudrait tout recommencer un mois et demi plus tard. Pourvu que nous ne votions pas comme des cons cette fois.

En attendant, espérons que ce divertissement campagnard continue, à coup de sondages, montées faramineuses, dégringolades, faux pas, bourdes, attaques minables, corruption passée sous silence dans les médias. Faut bien qu'on s'amuse un peu.

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Virgile Duhamel Duhamel



March 08

N'ayez pas peur...

Vous avez peur, nous avons peur, une peur qui atteindra son paroxysme le 6 mai à 20:00 (19:58 précisement, 19:00 pour les mieux informés). Mais tout rentrera dans l'ordre, pour cinq ans au moins.

Nicolas Sarkozy ne sera pas élu président de la République.


Cet homme ne réunira pas une moitié de votants au deuxième tour. Car cet homme fait peur. Trop libéral pour une France sociale, humaniste. Trop atlantiste pour une France fondamentalement gaulliste, anti-hégémoniste, indépendantiste. Trop proche des puissances financières, pour une France qui rejette l'argent comme valeur et comme direction. Trop individualiste pour une France qui demande du collectif, de la fraternité. Trop defenseur de l'ordre établi pour une France encore égalitariste, au moins en mots. Trop rupteur pour une France qui n'aime rompre qu'avec l'ordre établi. Trop autoritaire pour une France habitée par la mémoire collective de la révolte en général et de la Révolution en particulier. Trop ennemi de la France actuelle pour une France qui, malgré tout, s'aime telle qu'elle est. Trop agité, imprévisible, inquiétant, effrayant, pour être celui qui nous dirige.

Le second tour de la présidentielle se transformera en référendum pour et surtout contre Sarkozy. Avec lui, les élécteurs UMP, ceux de de Villiers (qui espère un portefeuille hehehe) pour partie, certains élécteurs FN par adhésion idéologique sur l'immigration, l'autoritarisme, la répression, l'ordre, quelques centristes ayant peur de Ségolène Royal (si c'est elle son adversaire, ce qui très certainement le cas). Contre lui, la gauche classique, les Bayroutistes modérés (pléonasme je sais, mais nécessaire néanmoins), l'extrême-gauche on l'espère (pour moi un vote blanc ou une abstention serait dans le cas présent irresponsable, ce n'est pas blanc bonnet et bonnet blanc), les chiraquiens et gaullistes, les libertaires, une partie des anti-système, des nationalistes et souverainistes, les jeunes de banlieue récemment inscrit sur les listes éléctorales, et tous les absentionnistes anti-sarko (qui pourraient constituer un réservoir de voix non négligeable pour son adversaire).

Diviser pour mieux se faire jeter.

Enterrement le 6 mai 2007, à 20:00, sur TF1. Venez nombreux !

Onfray effraie ?

Certains d'entre vous auront vu l'émission "Esprits libres", vendredi soir sur France 2, en deuxième partie de soirée. Un échange de pensées entre BHL, Finkielkraut, Alain Minc, Cynthia Fleury et Michel Onfray. Ayant pour sujet les présidentielles, le débat et la parole sont monopolisés par Finkielkraut, qui n'a de cesse de vomir la société moderne, Ségolène Royal, et tout ce qui est, de près ou de loin, de gauche (donc forcément fasciste et antisémite), BHL, hérault du Darfour, et Alain Minc, à un moindre degré. C'est dommage, il y avait deux personnes que l'on voulait entendre, Onfray et Fleury, et leur temps de parole réuni n'a pas du dépassé les 7 minutes, sur une émission de 2 heures. On va se coucher en se disant que c'est dommage, que c'etait les seuls qu'on ne connaissait pas par coeur, dont on pouvait espérer des idées, de la fraicheur, de la pensée, voire de la philosophie. Et voila que, quelques jours plus tard, on tombe, par l'intermédiaire du Big Bang Blog, sur le blog de Michel Onfray (http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com/) et un post sur l'émission et son montage, ou plutôt son démontage, expliquant l'absence, le silence et l'ennui des deux philosophes par d'autres raisons que leur volonté de se tenir en retrait, désabusés face à l'ego démesuré et incommensurable des autres invités. Petit extrait :

"Montée, massacrée, mutilée, transfigurée, l’émission ne veut plus rien dire. Dans le déroulé, il y avait des échanges sur l’extrême gauche avec BHL : disparus. Des passes d’arme avec Minc sur le libéralisme : disparus. Il y avait des interventions bienvenues de Cynthia Fleury : disparues. Il y avait des théories géniales et inédites, bien sûr, de Minc sur le libéralisme : disparues. Je répondais aux dites génialités dudit personnage sur le libéralisme anglais ou américain : disparues. Je sollicitais BHL dans une question où il apparaissait qu’il pouvait, de fait, voter Sarkozy : disparue.
La soupe servie par Guillaume Durand aux libéraux, l’invitation contre son gré , du moins le dit-il, d’une femme parce qu’il fallait une femme, d’un Jean Daniel parce qu’il fallait un Jean Daniel, et que la chaîne les avait imposés, peu importe ce qu’ils disaient ou pensaient , tout ça m’a donné envie de vomir. Moi qui, depuis un an ou deux, me demande si la solution à ce vomi médiatique n’est pas de refuser toute intervention , et non pas de les choisir avec discernement , je me demande si je ne m’achemine pas vers un refus systématique de ce cirque-là…"

Peut-être Gillaume Durand et la production se sont-ils tout simplement trompé : ils ont monté la mauvaise moitié des images, celle qui devaient être coupées, et ont jeté la moitié intéressante, initialement destinée à la diffusion. Peut-être est-ce dû à une plainte de France 5, qui, refusant de voir des idées développées ailleurs que sur sa chaine, a demandé à France 2 d'abêtir son débat. Et grâce à l'Esprit libre de Durand, on va voir encore plus de Finkie réactionnaire et de Minc inutile-libéral, et encore moins de Onfray et autres philosophes non-médiatiques, qui nous manquent tellement aujourd'hui.

Pour lire le post entier :
http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/03/03/le-fascisme-televisuel.html

En attendant, rendez-vous galant ce soir sur France 2, Arlette Chabot reçoit chez elle Nicolas Sarkozy et lui sert la soupe lors d'un petit dîner aux chandelles... Va-t-elle enfin conclure ?
Merci le service public.

Nicozy Sarkola et l'abbération

Dépêche parue sur le site du Figaro.fr :


Présidentielle 2007

Publié le 08 mars 2007 à 15h49

Sarkozy : menaces sur Libération ?

Selon le site de l'Express, le candidat de la majorité aurait appelé Edouard de Rotschild, actionnaire principal de Libération, suite à la "une" du quotidien le 1er mars : "Impôt sur la fortune de Sarkozy, le soupçon". Très mécontent, Nicolas Sarkozy aurait expliqué à Rotschild que "cela empêcherait sans doute le quotidien de trouver des gens pour le financer".

Sans commentaire.

March 07

Symétrie

Pour compléter, un article de Jean Baudrillard paru dans Le Monde, trop long pour être reproduit ici, L'esprit du terrorisme :

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-879920@51-879918,0.html
March 06

World in progress(ive total restructuration)

Jean Baudrillard est mort. Paix à son âme. Voilà un article de sa plume, ressorti par Libé. Victimes souvent consententes du monde que l'on nous construit. De la guerre en Irak, des peuples, et du pouvoir intégral et totalisant :


Le masque de la guerre en Irak.

Libération, Le 10 mars 2003.

Ni pour ni contre. Bien au contraire, c'est le titre du film de Cédric Klapisch. Ni pour, ni contre la guerre. «Bien au contraire» signifie qu'il n'y a pas de différence entre la guerre et la non-guerre, et qu'avant de se prononcer, il faut être lucide sur le statut de l'événement. Or cette guerre est un non-événement, et il est absurde de se prononcer sur un non-événement. Il faut d'abord savoir ce qu'elle masque, ce dont elle tient lieu, ce qu'elle sert à exorciser. Et il n'y a pas besoin de chercher bien longtemps : l'événement à quoi s'oppose le non-événement de la guerre, c'est le 11 septembre.

L'analyse doit partir de cette volonté d'annulation, d'effacement, de blanchissement de l'événement originel, ce qui rend cette guerre fantomatique, inimaginable en quelque sorte puisqu'elle n'a pas de finalité propre, de nécessité, ni d'ennemi véritable (Saddam n'est qu'un fantoche) : elle n'a que la forme d'une conjuration, celle d'un événement qu'il est justement impossible d'effacer. Ce qui fait qu'elle est d'ores et déjà interminable, avant même d'avoir commencé. En fait, elle a déjà eu lieu et le suspense lui-même fait partie de l'imposture. Elle ouvre sur une guerre infinie qui n'aura jamais lieu. Et c'est ce suspense qui nous attend désormais dans le futur, cette actualité diffuse du chantage et de la terreur sous forme du principe universel de prévention.

On peut saisir ce mécanisme dans le film récent de Steven Spielberg, Minority Report. Sur la base d'une prévision des crimes à venir, des commandos policiers interceptent le criminel avant qu'il soit passé à l'acte. C'est exactement le scénario de la guerre d'Irak : éliminer le futur acte criminel dans l'oeuf (l'usage par Saddam d'armes de destruction massive). La question qui se pose irrésistiblement, c'est : le crime présumé aurait-il eu lieu ? On n'en saura jamais rien puisqu'il aura été prévenu. (Saddam est sans importance.) Mais ce qui se profile à travers lui, c'est une déprogrammation automatique de tout ce qui pourrait avoir lieu, une sorte de prophylaxie à l'échelle mondiale, non seulement de tout crime, mais de tout événement qui pourrait perturber un ordre mondial donné comme hégémonique. Ablation du «Mal» sous toutes ses formes, ablation de l'ennemi qui n'existe plus en tant que tel (on l'extermine tout simplement), ablation de la mort : «Zéro mort» devient le leitmotiv de la sécurité universelle. Véritable principe de contraception, de deterrence (dissuasion), mais sans l'équilibre de la terreur. Cette dis suasion sans guerre froide, cette terreur sans équilibre, cette prévention implacable sous le signe de la sécurité va devenir une stratégie planétaire.

Le «Mal» est ce qui arrive sans prévenir, donc sans prévention possible. C'est bien sûr le cas du 11 septembre ­ c'est en cela qu'il fait événement et s'oppose radicalement au non-événement de la guerre. Le 11 septembre est un événement impossible, inimaginable. Il se réalise avant d'être possible (même les films-catastrophe ne l'ont pas anticipé, ils en ont au contraire épuisé l'imagination). Il est de l'ordre de l'imprévisible radical (où on retrouve le paradoxe selon lequel les choses ne deviennent possibles qu'après avoir eu lieu).

La différence est totale avec la guerre, qui, elle, aura été tellement prévue, programmée, anticipée, qu'elle n'a même plus besoin d'avoir lieu. Et même si elle a lieu «réellement», elle aura déjà eu lieu virtuellement ­ ce ne sera donc pas un événement. Le réel est ici à l'horizon du virtuel. Cette emprise du virtuel est encore renforcée par le fait que la guerre annoncée est comme le double, le clone de celle du Golfe (et Bush le clone de son père). Ce sont donc deux événements clones qui encadrent de part et d'autre l'événement crucial.

On comprend mieux à partir de là en quoi cette guerre est un événement de substitution, un ghost event, un événement fantoche à l'image de Saddam. Une immense mystification ­ pour les Américains eux-mêmes ­ : avec le 11 septembre s'est ouvert en même temps qu'un travail de deuil, un gigantesque travail de contraception : faire que le 11 septembre n'ait pas eu lieu, selon le même principe de prévention, mais rétrospectif. Entreprise sans espoir et sans fin.

Mais alors, quelle est la stratégie finale ou du moins le résultat objectif de ce chantage préventif ? Ce n'est pas de prévenir le crime, d'instaurer le Bien, de corriger le cours irrationnel du monde. Même le pétrole et les considérations géostratégiques directes ne sont pas la raison dernière. La raison ultime, c'est d'instaurer un ordre sécuritaire, une neutralisation générale des populations sur la base d'un non-événement définitif. La fin de l'histoire en quelque sorte, mais pas du tout sous le signe du libéralisme triomphant ni de l'accomplissement démocratique comme chez Fukuyama ­ sur la base d'une terreur préventive mettant fin à tout événement possible. La terreur distillée partout ­ le système finissant par se terroriser lui-même sous le signe de la sécurité : c'est bien là la victoire du terrorisme. Et si la guerre virtuelle est déjà gagnée sur le terrain par la puissance mondiale, c'est le terrorisme qui l'a gagnée sur le plan symbolique par l'avènement de ce désordre généralisé. C'est d'ailleurs l'attentat du 11 septembre qui a parachevé le processus de mondialisation ­ non pas celui du marché, des flux et des capitaux, mais celui, symbolique, bien plus fondamental, de la domination mondiale ­ en provoquant une coalition de tous les pouvoirs, démocratiques, libéraux, fascistes ou totalitaires, spontanément complices et solidaires dans la défense de l'ordre mondial. Tous les pouvoirs contre un seul alien. Et toutes les rationalisations déchaînées contre l'assertion du Mal. Or c'est contre cette puissance mondiale que tout le monde se dresse, et c'est contre elle que fait irruption la contre-puissance symbolique du terrorisme. Celui-ci aura fait éclater l'arrogance et la démesure de la puissance tenant le monde entier en respect dans l'imminence d'une guerre incompréhensible.

Cette terreur préventive, au mépris total de ses propres principes (humanistes et démocratiques) a atteint une extrémité dramatique dans l'épisode du théâtre de Moscou où tout s'est passé exactement comme dans l'épisode de la vache folle : on abat tout le troupeau par précaution ­ Dieu reconnaîtra les siens. Otages et terroristes confondus dans le massacre ­ donc virtuellement complices. Le principe terroriste extrapolé à toute la population. C'est l'hypothèse implicite du pouvoir : les populations elles-mêmes sont une menace terroriste pour lui. Le terrorisme dans son action cherche cette solidarité des populations sans la trouver. Mais ici c'est le pouvoir lui-même qui réalise brutalement cette complicité involontaire.

Nous sommes virtuellement les otages du pouvoir, et nous avons affaire à une coalition de tous les pouvoirs contre toutes les populations ­ ceci est tout à fait visible aujourd'hui dans l'imminence de la guerre qui aura lieu de toute façon au mépris de l'opinion mondiale.

Cette situation globale donne raison à Virilio quand il parle d'une guerre civile planétaire. La conséquence politique la plus dramatique de ces événements, c'est l'effondrement des concepts de communauté internationale et plus généralement de tout système de représentation et de légitimité. Et les récentes manifestations mondiales contre la guerre où on croit voir se lever un contre-pouvoir, ne sont elles-mêmes qu'un symptôme inquiétant de cet hiatus, de cette fracture de la représentation ­ puisque personne ne veut de la guerre, mais qu'elle aura lieu quand même, avec l'assentiment plus ou moins camouflé de tous les pouvoirs.

On a affaire désormais à l'exercice d'une puissance à l'état pur, d'un pouvoir sans souveraineté. Tant que le pouvoir tire sa souveraineté de la représentation, tant qu'il a une raison politique, son exercice peut trouver son équilibre, en tout cas, il peut être combattu, contesté. Mais l'effacement de cette souveraineté laisse place à un pouvoir effréné, sans contrepartie ­ à l'état sauvage (d'une sauvagerie non plus naturelle mais technologique). Et ce pouvoir-là qui n'a plus de référence légitime, ni même d'ennemi véritable (puisqu'il le transforme en une sorte de fantôme criminel) se retourne sans complexe contre ses propres populations.

Mais la réalité intégrale du pouvoir est aussi sa fin. Un pouvoir intégral qui ne se fonde plus que sur la prévention, la dissuasion, la sécurité et le contrôle, ce pouvoir-là est symboliquement vulnérable : il ne peut plus se mettre en jeu et finalement il se retourne contre lui-même. C'est cette faiblesse, cette défaillance interne de la puissance mondiale que révèle le terrorisme à sa manière ­ tout comme une angoisse inconsciente se trahit par un acte manqué. C'est proprement là «l'enfer du pouvoir». Le 11 septembre apparaît ainsi du point de vue du pouvoir comme un gigantesque défi où la puissance mondiale a perdu la face. Et cette guerre, loin de relever le défi, n'effacera pas l'humiliation du 11 septembre. Il y a quelque chose de terrifiant dans le fait que cet ordre mondial virtuel puisse faire son entrée dans le «réel» avec une telle facilité.

L'événement terroriste était étrange, d'une insupportable étrangeté. La non-guerre, elle, inaugure l'inquiétante familiarité de la terreur.

March 04

Les paris sont ouverts !

Pour la familia, la série continue... Terminator vs. Robocop, feat. Predator !

Episode 1 :
http://www.dailymotion.com/video/xgzrg

Episode 2 :
http://www.dailymotion.com/visited/search/robocop%2Bterminator%2Bpredator/video/ xqz8a_ep-2-terminator-vs-robocop-ep-2


March 01

La bonne nouvelle du jour

Une conférence sur la réconciliation en Irak pourrait réunir autour d'une même table Etats-Unis, Iran, et Syrie. Vers un retour du réalisme ? Il serait temps. Machiavel, reviens !

Minc alors ! (ou comment Colombannir le Journalisme au Monde)

Rien.
Pas une ligne. Vérification faite, si... un court article sur la réaction de Hollande, refusant d'instrumentaliser l'affaire, suivie d'un rappel du dossier à paraître la semaine prochaine sur l'ISF du couple PS. Rien sur la réaction de Sarko (pour une fois, ça parait etonnant !). Rien sur "les informations du Canard enchaîné concernant les conditions dans lesquelles le ministre de l'intérieur et président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, a acquis et aménagé son appartement de Neuilly-sur-Seine". ...

L'événement politico-médiatique est donc absent du site internet du Monde aujourd'hui. Sarkozy et ses avantages immobilo-financiers. Faut croire que c'est la grève. Même le Figaro en parle. Pas le Monde, pourtant capable de titrer sur la soit-disant évasion fiscale de Royal-Hollande, et qui sans doute titrera mercredi prochain sur la sous-évaluation patrimoniale du couple socialiste, lorsque le Canard en aura révélé les détails. A moins que, Sarko et Ségo embarqués dans la même galère, Le Monde se refuse à ce genre de "bassesse", attaquer Ségolène éclaboussant de fait Sarko. On peut d'ailleurs rigoler face à la non-réaction du PS (Arnaud Montebourg compris, d'après mes sources). On voudrait croire à leur volonté de ne pas jouer ce jeu. Mais ils ne font qu'attendre que l'orage leur passe sur la tête et disparaisse. Irréprochables, qu'on nous dit.

Dessin du Canard, accompagnant le dossier : Sarkozy "Si les autres [journaux] n'en parlent pas, je reste de marbre !" S'applique au Monde. Comment être plus juste ?

Colombani par la preuve. Déontologiquement surveillé par Alain Minc, bien sûr !


P.S.(sans mauvais jeu de mot hehe) : Finalement, après nouvelles recherches, il existe bien un article (avec AFP evidemment, ils allaient pas le faire eux-même quand même) relatant l'histoire. Il faut le vouloir pour le trouver, n'apparaissant ni sur la page de Une, ni sur la page éléctions présidentielles, seulement sur la page France, en sous-titre secondaire, invisible à l'oeil nu. Les autres journaux en ont parlé...
February 28

"C'est vraiment triste"...

"L'autorité doit d'abord venir de ceux qui doivent l'exercer au sommet de la République (...) Comment les hommes politiques pourraient-ils avoir une autorité s'ils ne sont pas irréprochables, s'ils ne tiennent pas leurs promesses ?"

Nicolas Sarkozy, Perpignan, 23 février 2007.



February 26

En bref et contre tout (ou la page 2 du dragon)

Edition numéro 2 de la revue de presse tunée :

- Le Pen entre 11 et 13 % dans tous les sondages. Y a-t-il un seul journaliste ou sondeur pour y croire ? (Petit rappel anodin : 1988, 14,38% ; 1995, 15% ; 2002, 16,86% puis 17,79%). Si on peut douter de la justesse du redréssement du score de Le Pen par les sondeurs, on peut aussi s'interroger sur le nécessaire redressement des journalistes.
- 2 minutes de reportage dans le journal de 19h de France Inter (26 janvier) traitant de Nicolas Sarkozy qui, après avoir déclaré ne pas boire une goutte d'alcool, boit du Sancerre à Sancerre. Sancerrement, ça craint. Ils ont beau essayer tous, personne ne fera mieux que Chirac ! Ca va être moins drôle le salon de l'agriculture...
- Phillipe Meyer demande aux journalistes d'affirmer clairement leurs opinions politiques et de faire tomber les masques (L'esprit public, france culture, 25 janvier). Merci, ça fait chaud au coeur. Vraiment.
- Delarue à la rue s'en prend au personnel d'Air France lors d'un vol trop arrosé. Il a oublié de déclarer son soutien à Sarkozy avant !
- Bayrou en hausse dans tous les sondages. Il est élu à l'unanimité le Jean-Pierre Chevènement 2007. Reste plus qu'à savoir qui sera le Jospin 2007.
- Trois Français tués lors d'une attaque à main armée en Arabie Saoudite, près de Médine. Ils ont eu le malheur de draguer les Médinettes...
- Trois blessés par balle lors d'un match de football amateur à la Courneuve. A quand un PSG-La Courneuve au Stade de France ?
- Un sous-marin lanceur d'engins (SNLE) pour Ségolène au lieu de quatre. Quatre sous-marins d'attaque (SNA) pour Sarkozy au lieu de six. Y a-t-il un président dans la salle ? M'enfin, on pourrait pas en avoir dix de chaque ? Ca serait moins "spécieux".
- Sarkozy se plante donc après avoir raillé jusqu'à plus soif, lui et ses sbires, l'incompétence de Ségolène. Il est vraiment fort le candidat-ministre de la police-chef de parti-president de conseil général-ministre des éléctions, il nous fait de l'auto-critique de ses conneries avant même de les avoir dites !
- Et dans toute cette affaire, celui qui a l'air le plus con dans tout ça, ça reste le "journaliste" poujadiste Jean-Jacques Bourdin. il fait le malin et se plante, deux fois. Comme quoi il y a (parfois) une justice.
- La Réunion touchée par le cyclone Gamède. Gamède mâle ou Gamède femelle ?
- Sarkozy veut rétablir la police de proximité. On vous avait dit qu'il avait changé.
- Le TGV a battu son record de vitesse, à 559,4 km/heure. Nancy bientôt à 35 minutes de Paris (nan j'déconne). Tout le monde est content, ou presque. Faut vraiment être content pour habiter dans l'est...
- Fin 2006, seuls 47,5% des chômeurs, toutes catégories confondues, touchent l'Assedic, selon le collectif Les Autres Chiffres du Chômage, contre 54% en novembre 2003. Avec Sarkozy, on va bien descendre sous la barre des 5%.

February 23

Prendre son mal en patience (et niquer Sarko)

Pythagore, Lenine (ca ca va encore), et la socio dynamique un art de gouverner, faudra que tu m'expliques. Le PC n'est qu'un vestige du passé, qui tente d'absorber les nouveautés alter-mondialistes mais n'y arrivera jamais, d'une part a cause de son fond idéologique historique, d'autre part (c'est con mais bon) à cause de son nom. On peut etre brillant sans antagonisme clair (cf. Chirac en 1995 hehehehehehehehehehehehehe)... Plus que la médiocrité, c'est surtout l'hypocrisie, envers les autres et/ou soi-même. Dans la pure réalité, il n'y a presque rien à changer, et surtout aucun espoir autre que quelques euros en plus, ou sdf en moins. Quant aux syndicats, c'est souvent, et peut-etre par nature, des lobbies, de ceux qui font partie du milieu professionnel, et de ceux qui en feront partie. En meme temps, heureusement que parmi les milliers de lobbies, il y en a quelqu'uns qui representent les travailleurs (= pas le capital, le pouvoir politique, les hauts cadres, les "élites")... Le problème, plus que la mediocrité, c'est d'une part la fatalité, "le monde mondialisé mondialement est comme ça, on ne peut plus rien y faire" ; d'autre part, et plus encore, la désidéologisation du capitalisme. Le capitalisme (et la démocratie telle qu'elle existe, sa fille quelque part) n'est plus une idéologie parmi d'autres, mais la "réalité objective" du monde d'aujourd'hui, sa finalité, et plus encore sa nature, transcendante ou immanente, intransformable sinon à la marge. Les deux clés du capitalisme : se montrer comme non-idélogique, bon, naturel (la main invisible vous savez...), efficace, juste, NORMAL ; et d'intégrer toute critique de lui-même en son sein. Pour exemple : la musique qui se vend super bien chez universal (l'homme pressé de noir desir hehe, mais aussi le rap hardcore et toutes les musiques en fait), les galeries Lafayettes qui sortent dans le métro des pubs taguées à la anti-pub et no logo...
Donc pour résumer le tableau, on a un capitalisme financier hardcore (pour le coup !) qui, grâce à la liberté et la démocratie et à l'URSS, peut se revendiquer le meilleur système possible, et qui d'ailleurs l'est pour l'instant (le moins pire des régimes dirait un grand homme). Quant à la dimension idéologique du capitalisme libéral-démocrate, merdi à George Bush de nous rappeler que c'est profondement idéologique (écouter le State of the Union Adress, le discours sur l'Etat de l'Union, de cette année, par exemple, et si possible avec comme musique Pole, "3", le jaune). Et, secundo, on a une gauche en manque d'idéologie, sinon la critique smooth ou radicale de ce système. Ca bouge en Amerique latine, mais il est difficile de faire la différence entre l'antiaméricanisme, le castrisme, l'antisémitisme parfois qui prend (hélas) les habits de la lutte pour la libération palestinienne, l'altermondialisme, le racisme local, et l'exploitation économique. Aux Etats-Unis, il n'y a pas de gauche, sinon pour du libéralisme social ou sociétal (avortement, moeurs, eventuellement revenu minimum), et pareil en Europe, entre le Royaume-Uni, la Pologne et l'Italie, sinon pour un social-libéralisme gestionnaire, qui peut-être est la meilleure solution au jour d'aujourd'hui. Mais avec espoir, dans vingt ans, l'alter-mondialisme, de Paris à Pékin, en passant par Caracas, Manchester, Tombouctou et Jerusalem prendra corps. On en est encore loin mais on en reparlera de toute façon. En attendant, FAIRE TOMBER SARKO !
February 19

Bayroue libre...

Juste pour m'auto-confirmer et m'auto-satisfaire : Derniers sondages, Bayrou à 16% et Ségolène à 23/26%...et Bayrou gagnant au deuxième tour contre Sarko ! Et plus révélateur encore, il devient traité par les instituts de sondage comme une possibilité de second tour, relayée par les médias. Et maintenant il affirme qu'il serait prêt à prendre un premier ministre de gauche (entendre DSK). Si avec ça il fait pas douter tous les sociaux-libéraux et les anti-ségolène. Il doit être en train de marcher sur les murs en buvant du champagne le Berger ! M'enfin, bien sûr les sondages c'est vraiment de la merde, et une campagne c'est long. Mais quand même, la dynamique se met en place, et s'il a désormais les médias avec lui, il peut faire son Chirac 95, et Ségo sa Jospine ou sa Ballamolle. Ca doit serieusement commencer à flipper au PS...


February 18

La Puissance de la FonK

Pour les adeptes de Terminator, mais en un peu plus FonKie...

http://www.dailymotion.com/video/x8z4k_l-autostoppeur

La victoire d'une idéologie - capituler devant le capital ?

Le vingtième siècle était celui des idéologies, le vingt-et-unième sera celui du pragmatisme.

L'heure est au pragmatisme, à la lucidité, au réalisme, au plus près de la réalité, des gens, du quotidien, loin, très loin de ces abérrations que sont l'abstraction, la théorie, les concepts. Bref, dénué de toute Idéologie.

L'idéologie, on a déjà donné : le communisme, le nationalisme, le fascisme, le nazisme, le capitalisme... On veut nous faire croire que, parce que l'Union soviétique a disparu et l'idéologie communiste avec, il n'y a plus d'idéologie. Mis à part l'islamisme croissant (vert), souvent conçu comme un simple instrument de resistance à la modernité technico-rationelle.

L'idéologie, au sens neutre, en tant que système d'idées, valeurs, croyances, normes, représentations, organisées et articulées, structurant la représentation du monde, des rapports sociaux et orientant l'action collective, serait une chose du passé, dépassée. Les experiences du vingtième siècle ont décridibilisé et délégitimé ce concept. La chute du communisme soviétique a mis fin nous dit-on, à la parenthèse historique des idéologues. Pourtant, dans nos cours de lycée, on nous apprend que la guerre froide était un choc des idéologies, communiste et capitaliste. La victoire de cette dernière l'a-t-elle fait passer du statut d'idéologie à celle de réalité objective ?

Plusieurs éléments participent de cette transformation. Tout d'abord, la confusion entre experiences historiques contextualisées et concept théorique empiriquement vérifiable. Les idéologies du siècle dernier ont causé beaucoup de dégâts, pour litoter. De ce fait, l'homme progressant naturellement et apprenant de ses erreurs, il est normal que l'idéologie en général, et toute idéologie en particulier, soit rejetée comme source de maux, de morts, de guerre, etc. Il devient donc indispensable de se montrer comme non-idéologique, sous peine de se voir discrédité et rejeté hors-jeu. Mais bannir ce vocabulaire des discours peut-il en changer la nature ? Etre non-idéologique, au sens propre, signifie ne pas se fonder sur une représentation du monde, des relations sociales, économiques, politiques, ne pas mettre en cohérence ses valeurs et croyances avec son action dans la société. Pas si rassurant...

Deuxième élément, la disparition d'ennemis idéologiques. La guerre froide renvoyait dos à dos les deux mondes, les mettant sur un pied d'égalité analytique. Sans alter ego en face, sans alternative, l'idéologie se confond avec la réalité, puisque cette réalité est universellement organisée selon les principes de cette unique idéologie. L'opposition binaire antérieure obligeait à relativiser, puisqu'un autre monde etait possible et existait réellement. Tel n'est plus le cas.

Troisième élément, le travail de fond idéologique. Tout le vocabulaire et les discours tenus à longueur d'années par les élites politiques, économiques, médiatiques mondiales sert à cela : réalisme, lucidité, pragmatisme, rationalité, gouvernance, gestion, objectivité, adaptabilité. Conclusion : on n'a pas le choix, le monde est tel qu'il est et ne peut être autrement. Il ne reste plus qu'à l'accepter tel quel et faire avec. Et il faut dire qu'après quinze ans de matraquage, c'est plutôt une réussite. Comment penser un autre monde, organisé différemment, selon des valeurs différentes ?

Ainsi, la conjonction du discrédit historique des autres systèmes que le système capitaliste libéral, l'extinction de toute réalité alternative et la propagande de longue haleine pour transformer un mode particulier et historique d'organisation des rapports sociaux en horizon indépassable, naturel et permanent, à transformer cette idéologie en nature.

C'est pour ces raisons que la gauche est en crise, depuis longtemps déjà. La droite est à l'aise dans ce monde, conforme à ses valeurs. Et la gauche ne sait plus où se tourner. Du PS à la LCR, l'enjeu se réduit à limiter les dégâts de la "mondialisation" libérale, à accompagner, plus ou moins radicalement, les plus démunis dans cette odyssée. Si la critique du système est élaborée, aucune alternative ne peut être proposée, ni sa réalisation envisagée.

Il serait nécessaire de réhabiliter le concept d'idéologie, pour analyser le monde d'une part, pour le transformer d'autre part. Démonter et démontrer les fondations normatives du système et de ses avocats n'est que le point de départ, pour ensuite affirmer ses propres fondations, en opposition et en construction. Le problème principal est, sur ces bases normatives, de développer une vision globale, cohérente et articulée, systémique. Cela prendra du temps, quelques décennies. Brique par brique, pierre par pierre, il s'agit de construire, avec patience et espoir toujours. A moins de se résigner, d'accepter le monde tel qu'il est, et d'y trouver sa place tranquillement, ce qui est peut-être plus facile au final.

Demain est un autre jour, mais nous le construisons jour après jour. On peut être plus que des poissons !





 
24 mars  
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