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March 28 Au bord de l'explosionChoquant ! Et tellement prévisible. L'émeute de la gare du Nord qui a eu lieu hier soir est un choc. Elle montre à quel point les rapports entre la population, les jeunes, et particulièrement les jeunes de banlieues, et police sont tendus. Elle montre aussi et surtout à quel point la violence est latente et chronique, toujours sous-jacente et prête à s'exprimer à la moindre étincelle. Le dérapage comme menace permanente. Il y a quelques jours, ce sont des parents d'élèves, ainsi qu'une directrice d'école, qui se sont rebellés contre l'arrestation du grand-père chinois et sans-papier d'un élève. En supposant que ce soit réellement ce qu'il s'est passé, le fait qu'une directrice d'école parisienne (meme pas arabe ni de banlieue) en vienne à commettre des dégradations sur un véhicule de police n'est pas anodin. Le climat général est lourd. Hier après-midi, tout a commencé suite au contrôle RATP d'un fraudeur, déjà connu des services de police (d'après Baroin, mais on va attendre confirmation, on a appris à se méfier avec Sarko, et de toute façon ça n'a pas vraiment d'importance). Face à la réaction violente du fraudeur, les forces de police (force de l'ordre ne semble pas être l'expression appropriée) sont intervenues pour le menotter et l'entrainer dans leurs locaux. Selon la plupart des témoignages, l'usage apparemment disproportionné de la violence par la police a amené un certain nombre de passants (des jeunes mais pas seulement) à protester. A partir de là, le schéma est classique, tension, violence verbale, charge, bordel. Ce qui est le plus surprenant, c'est la rapidité et la longueur des incidents. En une heure, la situation avait dégénéré, avec une centaine de jeunes faisant face aux forces de police. Et cela a duré pendant sept heures. Le lieu, la gare du Nord, n'y est pas pour rien. Lieu ouvert, lieu de passage, propice au regroupement et à l'aggrégation, et au jeu du chat et de la souris. Mais contrairement aux emeutes de l'automne 2005, ou aux violences du CPE, rien n'était prévu ni anticipé ou organisé. Et pourtant ça a duré sept heures. Cela montre bien à quel point la violence est présente et la tension permanente. La violence de certains jeunes et casseurs fait peur. Et non elle n'émane pas uniquement de délinquants "déja connus des services" et "multirécidivistes". C'est la violence pour la violence, surement. Mais ce qui est rassurant, c'est qu'elle s'exerce contre l'Etat, et surtout contre la police. En ce sens il s'agit d'une violence "politique", et non gratuite ou "crapuleuse", et cela parait quand même moins pire. A mon avis. Le Guardian (Angleterre) cite le (mauvais) professeur Paul Bacot (que j'ai eu l'ennui d'avoir en cours) : "De tels incidents reflètent un réel problème avec la police en France. Cela rejoint à la fois les émeutes plus graves de l'automne 2005 et les protestations contre la présence de policiers dans une école primaire l'année dernière." En fait, le problème de la police aujourd'hui, c'est qu'elle représente Sarko. Elle incarne, elle est Sarko dans la rue. Car c'est toujours lui qui est visé derrière. Les réactions sont révélatrices. La CGT de la RATP critique aujourd'hui la hausse des bouclages et controles de police dans le métro et le RER et rappelle que la fraude aux transports n'est pas un délit mais une simple infraction. Si le syndicat de police Alliance dénonce naturellement la racaille, l'UNSA Police demande le retour de la police de proximité et s'inquiète de la fracture croissante entre les jeunes et la police, tout comme le Syndicat général de la Police, qui craint (à raison) une "hystérisation" des rapports entre la police et les jeunes. Au moment où Sarko quitte l'Intérieur en se félicitant de son superbe bilan, il faut remarquer quelque chose. La violence émeutière et des casseurs s'est développée avec lui depuis cinq ans. Et Sarko joue sur et avec cette violence, tout comme Mitterrand a joué la carte Le Pen il y a vingt ans pour son propre intérêt politique. Il n'a eu cesse de jouer sur les clivages entre la population et la radicalisation des parties. Il est donc tout sauf innocent dans cette dégradation du climat. (Au passage, tiens, Sarko s'est fait huer au lendemain de cette soirée agitée lorsqu'il est passé gare du Nord pour prendre le train.) (Autre didascalie, trop occupés à charger les jeunes, les CRS et la police n'ont pas pensé un tant soit peu à protéger les voyageurs qui passaient et se retrouvaient au milieu des affrontements. Du travail de pro.) Pendant ce temps, François Baroin, successeur de Sarko à l'Intérieur, affirme qu'il y aura des suites judiciaires. Il se fond dans le moule de son prédécesseur et s'assoit lui aussi sur l'indépendance de la Justice, seule à même de décider des éventuelles peines auxquelles pourraient être condamnés les treize interpellés. Il en profite d'ailleurs pour affirmer que les expulsions de familles dont les enfants sont scolarisés pourront avoir lieu pendant l'année scolaire. On se dirige donc vers une radicalisation totale. Sarko, suivi par tous ses moutons (même Borloo, bien qu'il mette en garde contre l'amalgame entre violences et banlieues) a définitivement choisi son camp, et c'est celui de la droite dure et de Le Pen. Il fait le choix de la radicalisation totale, pensant que sa moitié de la France est numériquement, ou plutôt éléctoralement, majoritaire. On attendra d'ailleurs la suite pour savoir si ces événements auront un effet sur le vote Le Pen. Avec Sarko, ce sera la guérison par le feu. De son côté, Bayrou veut réunir et faire travailler ensemble la gauche et la droite. Mais il est condamné à l'échec. L'antagonisme est désormais trop important. Non pas au niveau des politiques, mais des citoyens. Bayrou donne l'illusion d'une réconciliation nationale à peu de frais. Mais l'éléction est devenue une guerre totale, symboliquement parlant. Seule une moitié des citoyens sera satisfaite, pas deux. Ce sera l'une ou l'autre. Tout ou rien. On peut noter deux bonnes nouvelles néanmoins. Tout d'abord, on peut espérer (sans se faire d'illusions) que cela va remettre à l'agenda politique la question des émeutes de 2005, de la jeunesse, des banlieues, de la ségrégation géographique, économique, sociale, ethnique de ce pays. Ensuite, le nombre d'inscrits sur les listes éléctorales a augmenté de plus de 4% par rapport à 2006, soit 1,8 millions d'inscrits supplémentaires, et de 7% par rapport à 2002, soit trois millions de nouveaux votants. Parmi les plus fortes hausses, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine, le Rhône. C'est de bonne augure. Plutôt que demander à tous les Français d'avoir un drapeau tricolore chez eux et de parler d'identité nationale, Ségolène devrait s'inquiéter de l'unité de la France et des Français. Car il semble y avoir désormais deux France, qui ont de plus en plus de mal à se supporter mutuellement. Et s'il devait y avoir un thème de campagne, ce devrait être celui-là. C'est aujoud'hui l'urgence. Ne pas réveiller le Dragon qui sommeille. Comments (5)
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